Un centre ville pour tous !

Un centre ville pour tous !

L’annonce récente du remplacement d’une brasserie populaire par un KFC non loin de la place Kléber à Strasbourg relance le débat sur le commerce en centre ville. Face à cette situation, certains, qui saluaient encore il y a peu l’arrivée de Starbucks et Primark à Strasbourg, proposent d’interdire l’implantation de fast-food et d’imposer aux restaurateurs du centre ville une part de produits locaux sur le modèle de ce que fait la Ville de Florence.  Cette idée a priori séduisante cache une toute autre réalité.

D’abord, il ne s’agit pas de mesures interdisant uniquement les fast-foods américains – il en existe d’ailleurs de nombreux au centre de Florence – mais tous les types de restaurants, dans un secteur limité au centre historique, qui ne proposeraient pas de la cuisine toscane. Cette interdiction vise tout autant les multinationales américaines que les kebabs, les restaurants chinois ou japonais, les pubs irlandais…

C’est un procédé discriminatoire que nous ne souhaitons pas voir appliquer à Strasbourg. Il n’est pas digne d’une capitale européenne, de la tradition d’ouverture et d’humanisme de notre ville et s’appuie sur une vision exclusive de la ville que nous ne partageons pas.

Si la standardisation du commerce est une réalité en France comme dans d’autres pays, rappelons que notre ville en reste davantage préservée que d’autres.

En effet le centre-ville de Strasbourg fait aujourd’hui figure d’exception. On le doit évidemment à l’histoire de cette partie de la ville mais aussi aux choix d’aménagement réalisés.

La décision prise en 1989, de faire revenir le tram et surtout de profiter de ce retour pour pietonniser quasi totalement le centre-ville, a permis de le redynamiser. C’est en partie pour cela qu’il est aujourd’hui un des plus attractifs.

Le centre-ville de Strasbourg constitue ainsi le premier pôle commercial de l’Eurométropole en matière de chiffre d’affaires ainsi qu’en termes de surfaces commerciales (180 000m²).

Il concentre environ 12 000 emplois. Il a connu une augmentation du nombre d’établissements commerciaux entre 2010 et 2014, avec la création de 106 établissements supplémentaires, soit une progression de +7.5%.

Ce centre-ville strasbourgeois a d’ailleurs été désigné comme « le plus original » des grandes villes françaises, les commerçants indépendants y étant encore nombreux et des concepts locaux et originaux comme Pur etc., Bagelstein ou encore Gagao s’y étant lancés.

Les grandes enseignes y sont certes très présentes. Mais, on ne peut pas d’un côté manifester son mécontentement quand des zones commerciales se développent à l’extérieur du centre et de l’autre vouloir empêcher ces enseignes de s’y implanter, sauf à vouloir spécialiser le centre de Strasbourg et ne le rendre accessible qu’à une partie de la population, l’autre devant se contenter de fast food en périphérie.

Par ailleurs, le phénomène de vacance commerciale est exceptionnellement bas à Strasbourg. Elle représentait 4.1 % des cellules commerciales existantes en 2015. A titre de comparaison, la vacance moyenne en centre-ville à l’échelle nationale est de 8.5 %.

Enfin, la ville de Strasbourg dispose d’un patrimoine important en centre-ville, géré depuis 1993 par Habitation Moderne dans le cadre d’une délégation de service public. Ce patrimoine en centre-ville permet une programmation fine des locaux commerciaux avec des enseignes de qualité. A titre d’exemple, c’est bien la maîtrise du patrimoine au centre-ville qui a permis l’installation d’un Monsieur Bricolage, type de commerce qui s’installe en général en périphérie des centres urbains.

Nous avons aussi réactivé un outil spécifique, la Locusem, qui concentre son action sur les commerces dans les quartiers prioritaires de la ville. La dynamique commerciale doit ainsi profiter à toutes et tous, y compris dans la proximité, dans nos quartiers.

En résumé, nous partageons l’ambition de préserver le commerce local et indépendant, de privilégier les produits locaux mais pour qu’ils irriguent toutes les cuisines de nos restaurants, dans toute la ville et pas uniquement en son centre. Si nous devons éviter la fuite des commerces en périphérie et en même temps les diversifier au centre, il faut agir de manière cohérente, développer une véritable stratégie offensive qui prend aussi en compte la croissance accélérée du commerce en ligne, un sujet peu abordé et qui est pourtant aujourd’hui central pour appréhender plus globalement le développement de notre ville.

Cette stratégie ne saurait se construire à coups de com’, de benchmarking sur google suivi d’annonces plus ou moins farfelues et toujours sans lendemain, au risque de proposer des mesures éloignées des valeurs que nous portons.

Philippe Bies, Adjoint au maire de Strasbourg et Président d’Habitation Moderne

Mathieu Cahn, Adjoint au maire de Strasbourg et Conseiller départemental (canton de Strasbourg 1)

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vendredi 4 mai 2018 posté par philippe Bies dans Actualités

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