Non à la baisse des ressources du logement social !

Non à la baisse des ressources du logement social !

Comme l’a très justement rappelé Roland Ries à l’occasion de l’ouverture du congrès de l’USH (Union Sociale pour l’Habitat) à Strasbourg en septembre dernier, le modèle français du logement social est plus que centenaire, les premières opérations de construction datant de 1871. Ce modèle a toujours su s’adapter, surmontant les nombreuses crises qu’il a dû affronter au fil des années

Aujourd’hui, le logement social et ses plus de 11 millions de nos concitoyens doivent faire face à une nouvelle offensive qui cette fois risque d’être fatale. En effet, dans le cadre des économies budgétaires programmées, le gouvernement projette de baisser les APL de 63 euros par mois pour les locataires des bailleurs sociaux. Ce projet constitue un risque de déstabilisation sans précédent du logement social et de ses locataires.

Il va entrainer une diminution importante des loyers perçus. Cette perte de recettes sera directement répercutée sur l’autofinancement des organismes avec des conséquences très concrètes et très rapides : un ralentissement brutal des projets de constructions neuves, mais aussi de la réhabilitation (notamment énergétique) et une compression sans précédent des crédits d’entretien et de réparation du parc existant. Le Nouveau Programme National de Rénovation Urbaine, indispensable pour nos quartiers, serait lui aussi largement remis en question. Les conséquences sur l’emploi risquent d’être tout aussi dramatiques.

L’ensemble des acteurs du logement social a bien compris l’enjeu. Nous assistons depuis quelques jours maintenant à une forte mobilisation provoquée par la constitution d’un front sans précédent : les bailleurs et leurs collaborateurs, les locataires et leurs représentants bien sûr mais aussi les syndicats de salariés, les représentants du monde économique et même ceux de la promotion privée aujourd’hui très dépendante des organismes de logement social. Les élus locaux, toutes tendances confondues, sont également très mobilisés tant ils perçoivent les conséquences néfastes de ce projet qui va au total ponctionner 1,7 milliards sur les ressources des bailleurs.

Pour CUS Habitat et Habitation moderne, bailleurs de la ville et de l’Eurométrople de Strasbourg, l’impact financier de cette mesure correspond à une perte annuelle de 14,5 millions d’euros (dont 10,6 millions euros pour CUS Habitat et 3,9 millions d’euros pour Habitation moderne). Comme pour tous les bailleurs, ce sont autant de moyens qui ne pourront plus être investis dans l’entretien courant du parc existant, sa réhabilitation, notamment énergétique et la poursuite de la production de logements neufs : les locataires en seront, sans qu’ils en aient nécessairement conscience aujourd’hui, les premières victimes.

Cette baisse significative des capacités d’investissements des bailleurs impactera de la même manière l’économie locale et notamment les entreprises du secteur du bâtiment. En effet, ce sont près de 1300 emplois directs non délocalisables qui sont menacés sur l’Eurométropole de Strasbourg au travers des seules baisses pour le Pôle de l’Habitat Social.

Personne n’est opposé à une réforme du logement social.   Personnellement, je pense qu’elle est nécessaire et nous l’avons amorcé, modestement au niveau local, avec notamment la création de notre pôle public de l’habitat au sein de l’Eurométropole. La brutalité du projet gouvernemental rend le dialogue difficile. Le fait que cette mesure ne figurait pas dans le programme du Président de la République n’arrange pas les choses. Alors que le projet de loi de finances prévoit une baisse de l’ISF de plus de 3 milliards d‘euros au bénéfice des plus riches, le gouvernement doit retirer son projet de baisse des APL qui est socialement injuste et économiquement absurde. C’est la seule voie possible pour renouer le dialogue.

Philippe Bies

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lundi 4 décembre 2017 posté par philippe Bies dans Actualités, Habitat + Logement

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