Dynamiser le commerce de centre-ville avec les Entreprises publiques locales

Dynamiser le commerce de centre-ville avec les Entreprises publiques locales

Disparition des activités commerciales, développement de la mono activité, évolution de l’offre des commerces et des services de proximité… Les enjeux sont de taille pour les collectivités territoriales qui souhaitent améliorer le cadre de vie de leurs habitants mais aussi redynamiser le centre-ville afin de renforcer leur attractivité. Afin d’accompagner les collectivités, certaines Entreprises Publiques Locales (EPL), telles Habitation Moderne et Locusem, ont déjà développé une compétence en matière de revitalisation commerciale. C’était le thème de la table ronde à laquelle j’ai participé lors du Congrès de la Fédération des Entreprises Publiques Locales qui s’est tenu cette semaine à Marseille. Retour sur les questions qui m’ont été posées par Stéphane MENU, journaliste, et mes réponses.

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Quelle est la situation du commerce en centre-ville à Strasbourg et ses perspectives ?

Le centre-ville de Strasbourg constitue le premier pôle commercial de l’Eurométropole de Strasbourg en matière de chiffre d’affaires (600 millions d’euros, soit 30% du chiffre d’affaire commercial réalisé sur l’agglomération), ainsi qu’en termes de surfaces commerciales (180 000m²) et concentre environ 12 000 emplois. C’est un centre-ville dynamique qui a connu une augmentation du nombre d’établissements commerciaux entre 2010 et 2014, avec la création de 106 établissements supplémentaires, soit une progression de +7.5%.

Le centre-ville strasbourgeois a récemment été désigné comme « le plus original » des grandes villes françaises. En effet, les commerçants indépendants y sont encore nombreux et des concepts locaux et originaux se sont lancés à Strasbourg, je pense notamment à Pur etc., Bagelstein ou encore Gagao. Vous y trouvez aussi à quelques pas l’un de l’autre des commerces renommés, comme les Galeries Lafayette et le Printemps. Les grandes enseignes y sont également présentes et il s’agit de développer une stratégie pour qu’elles n’aillent pas s’installer en périphérie. L’arrivée prochaine de Primark va dans ce sens.

Enfin, le phénomène de vacance commerciale est exceptionnellement bas sur le centre-ville de Strasbourg. Elle représentait 4.1 % des cellules commerciales existantes en 2015. A titre de comparaison, la vacance moyenne en centre-ville à l’échelle nationale est de 8.5 %. Sur les centres-villes comparables le taux est de 6.8 %.

Nous avons une attention particulière vis-à-vis des projets en périphérie de Strasbourg afin de limiter la concurrence avec le centre-ville et de privilégier une complémentarité dans la thématique et les formats proposés.

A partir de votre expérience locale, comment les collectivités peuvent-t-elles interagir aujourd’hui avec les opérateurs que sont les EPL, pour renforcer l’attractivité commerciale des centre-villes ?

La collectivité utilise le levier immobilier des locaux commerciaux appartenant à la Ville de Strasbourg et étant sous la gestion d’Habitation Moderne. Ce patrimoine en centre-ville doit permettre une programmation fine des locaux commerciaux avec des enseignes de qualité et à forte attractivité. Par ailleurs, les loyers pouvant être proposés sont plus abordables que le marché traditionnel. A titre d’exemple, c’est bien la maîtrise du patrimoine au centre-ville qui a permis l’installation d’un Monsieur Bricolage, type de commerce qui s’installe en général en périphérie des centres urbains.

Nous avons aussi un outil spécifique, Locusem, qui concentre son action sur les commerces en quartiers prioritaires. Habitation Moderne va entrer au capital de cet outil de la collectivité pour une action complémentaire. Locusem a déjà porté par exemple la réinstallation d’un Norma dans le quartier du Neuhof, au pied d’un immeuble neuf de logements.

Dans les bourgs centres proche de Strasbourg, Habitation Moderne travaille aussi en lien avec les mairies. A titre d’exemple, dans la commune de Lampertheim, pourtant proche d’une zone commerciale, nous menons un projet de réhabilitation d’un bâtiment mêlant logements sociaux à l’étage et espace commercial au rez-de-chaussée, permettant ainsi l’installation d’une supérette.

Quel avenir voyez-vous pour le commerce dans les centre-villes de France ? Comment rendre les coopérations collectivités – EPL encore plus efficaces dans ce domaine ?

Afin de maintenir un centre-ville attractif dans un contexte concurrentiel de plus en plus marqué, un pouvoir d’achat des ménages en baisse, des arbitrages de plus en plus importants concernant la consommation des ménages, la recherche du meilleur prix et la montée du E-commerce, il convient de mettre en œuvre tous les éléments permettant de conforter/attirer des clients en centre-ville. Cela passe notamment par un « parcours chaland » agréable, sécurisant et comportant une offre diversifiée.

Sur ce point aussi à Strasbourg, la décision prise par Catherine TRAUTMANN en 1989, de faire revenir le tram et surtout de profiter de ce retour pour piétoniser quasi totalement le centre-ville, a permis de le redynamiser. C’est en partie pour cela qu’il est aujourd’hui un des plus attractifs. C’est un « centre commercial » à ciel ouvert, les gens pouvant déambuler tranquillement dans les rues de ce qui reste encore aujourd’hui le premier « plateau piéton » de France.

Ainsi, à l’avenir il faut jouer sur les deux leviers : maîtrise du patrimoine par la collectivité par le biais de ses outils que sont les EPL avec maintien de loyers attractifs par rapport au privé, aménagement des espaces publics qui donnent envie aux gens de flâner et surtout limitation du développement des zones commerciales en périphérie.

Je sais que l’on n’ en prend pas forcément le chemin partout en France, mais c’est une nécessité pour préserver l’attractivité des centres villes et aussi réduire la consommation des terres agricoles et naturelles.

Il faut enfin trouver une complémentarité entre les commerces de périphérie, ceux du centre-ville mais aussi avec le commerce en ligne qui prend de plus en plus de parts de marché. C’est ça l’enjeu, pas  demain mais dès aujourd’hui !

 

 

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vendredi 14 octobre 2016 posté par philippe Bies dans Actualités, Habitat + Logement, Presse

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