La Biodiversité s’invite au Jardin !

La Biodiversité s’invite au Jardin !

J’ai eu le plaisir d’ouvrir le colloque « La biodiversité s’invite au jardin » organisé par l’association « Le Pacte pour le Jardin »* que j’ai accepté de parrainer avec mon collègue François de Rugy. Je vous invite à lire mon intervention qui fut l’occasion pour moi de rappeler ma conviction que désormais le process de construction doit préserver la fonction de continuité écologique. Il faut passer du concept de « nature en ville » à celui de « ville en nature ».

Discours de Philippe BIES

Ouverture du colloque « La Biodiversité s’invite au jardin »

Organisé par le Pacte pour le Jardin

Sous le parrainage de Philippe BIES et François De Rugy

Mercredi 12 octobre – 15h00 – Assemblée Nationale – Salle Victor Hugo

(Seul le prononcé fait foi)

 

« Monsieur Christophe JUIF, Président du Parc pour le Jardin,

Chers collègues parlementaires et élus locaux,

Mesdames et Messieurs,

La loi a souvent vocation à soutenir les professionnels, les territoires vertueux, dans leurs démarches innovantes, les citoyens sensibles à l’impact de leurs comportements individuels sur les autres et la planète et à inciter, voire obliger, les plus récalcitrants à améliorer leurs pratiques, notamment dans le domaine environnemental.

Ce quinquennat aura permis des avancées :

Je pense notamment à la loi visant à mieux encadrer l’utilisation des produits phytosanitaires

Ou encore,

la loi sur la biodiversité : cela faisait près de 40 ans que le Parlement n’avait pas légiféré sur les questions de biodiversité. Ma collègue, Geneviève Gaillard, qui participe à votre colloque vous en parlera mieux que moi. 

Je pointerai ici plus particulièrement l’interdiction de l’usage des néonicotinoïdes, néfastes pour la survie des abeilles, la filière apicole et plus largement pour la biodiversité.

En matière d’urbanisme, les lois ALUR et la loi Biodiversité ont aussi permi de passer un cap et d’appréhender le développement de nos villes différemment.

C’est un peu le sujet de votre troisième table ronde avec cette « injonction paradoxale » que vous citez, avec la nécessité de construire pour loger les gens, tout en préservant la biodiversité.

Il y a en la matière des territoires vertueux. Je ne vous étonnerais pas en citant celui où je suis élu, à savoir l’Eurométropole de Strasbourg.

Nous avons récemment débattu du PLU de l’agglomération. Je constate, pour ma part,  que ces sujets avancent sur le terrain. Ainsi, des efforts importants, sans doute un tournant pour notre territoire, ont été effectués avec la restitution de 800 hectares aux zones agricoles et naturelles par rapport aux prévisions inscrites dans les POS et PLU actuellement en vigueur.

Plusieurs secteurs à Strasbourg seront dédiés au maraîchage. C’est là aussi un tournant déjà engagé, il y a quelques années, qui se poursuit aujourd’hui. Avec les jardins ouvriers et les jardins partagés, il s’agit de permettre aux habitants de notre ville de se nourrir avec des produits locaux, cultivés sur place, par leur soin ou par des agriculteurs, des maraîchers engagés dans une démarche de qualité.

Nous créons les conditions de la préservation de nos espaces naturelles. Nous construisons une ville plus écologique.

Il s’agit au bout du compte de passer du concept de « nature en ville » à celui de « ville en nature ». Dans le premier cas, on utilise les espaces libres qui restent entre les bâtiments, plus communément appelés « espaces verts », pour introduire ou réintroduire de la nature.

Dans le second cas, on considère que la ville doit s’insérer et s’intégrer dans la nature dont elle préserve et renforce les richesses naturelles.

C’est comme cela que nous avons procédé pour un projet que j’avais piloté il y a quelques années à Strasbourg, que nous appelons « Le Parc du Heyritz ». C’était une friche, la nature y avait repris ses droits. Ainsi, nous avons choisi de préserver totalement la nature en place, de la valoriser sans procéder à de nouvelles plantations et les espaces bâtis sont issus de la reconversion de friches.

Cette démarche ne devrait pas être une exception. Elle devrait devenir naturelle et imprégner tous les projets d’aménagement.

La multiplication des jardins partagés va aussi dans ce sens. Ces jardins étant souvent créés en lieu et place de friches, très souvent de petite taille, dans des dents creuses, ils sont considérés par les décideurs comme éphémères, en attendant que des projets de construction émergent.

Je pense, pour ma part, que ces jardins doivent être considérés comme des éléments contribuant aux continuités écologiques. Si projet de construction il doit y avoir en lieu et place de ce type de jardin ou de tout autre espace de nature, même s’il n’est pas considéré comme « remarquable », il faut que dans le process de construction la fonction de continuité écologique soit préservée.

Lors de nos débats, qu’il s’agisse de la loi ALUR ou de la loi Biodiversité, nous avions évoqué le recours au coefficient de biotope par surface comme un outil pertinent pour assurer une meilleure place à la nature. Il est intégré dans la loi mais n’a pas de valeur contraignante. Je constate aujourd’hui que peu de territoires s’en sont emparés. Sans doute faudra-t-il aller plus loin à l’avenir dans la loi.

Mais encore faut-il que le jardin en question soit lui aussi respectueux de la biodiversité, qu’il y contribue et que ce ne soit pas un jardin trop domestiqué, voire dénaturé par l’usage de produits phytosanitaires notamment.

Cette nature-là, normée, manipulée n’a que peu de valeur et contribue peu aux continuités écologiques.

Un jardin partagé, ce n’est pas qu’un projet de jardinage. C’est aussi un projet environnemental à vocation sociale.

Environnemental parce qu’il doit contribuer aux continuités écologiques et donc laisser aussi une place à la nature spontanée.

Social, car cela doit être aussi un lieu de partage, d’échange, de rencontre entre habitants qui n’ont pas forcément le même intérêt à s’y retrouver.

Se pose alors la question de son degré d’ouverture à son environnement naturel. Cela va de soi et à son environnement social et humain. Doit-on privilégier le caractère privatif ou collectif du jardin ? Un des enjeux auxquels vous allez tenter aussi de répondre cet après-midi.

Je ne peux pas rester parmi vous cet après-midi mais je tenais, par mon parrainage, à permettre à ce colloque d’avoir lieu. Je suis sensible à sa thématique, à votre démarche.

Je crois que ce colloque est aussi l’occasion pour vous, Christophe Juif, Président du Pacte pour le Jardin, de présenter le manifeste « Jardin et biodiversité » qui regroupe vos propositions.

Sachez que je le lirai attentivement. Je suis certain que dans la période qui s’ouvre,  nombreux seront les élus à y être attentifs.

En attendant, je vous souhaite un bon après-midi de travail au service de la biodiversité !

Je vous remercie ».

 

 

 

*Lancé fin 2011 sous forme de collectif, Le Pacte pour le Jardin est, depuis le 7 septembre 2012, constitué en association loi 1901. Une nouvelle entité qui doit lui permettre de développer ses activités dans l’avenir et se constituer en interlocutrice privilégiée des pouvoirs publics. L’association souhaite intervenir autour de 3 axes déterminants :

Faire du jardin un levier de réintroduction de la nature dans les espaces urbanisés

Reconnaître pleinement le jardin comme vecteur de continuités écologiques en ville,

Faire des jardiniers des acteurs de la biodiversité.

 

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jeudi 13 octobre 2016 posté par philippe Bies dans Actualités, Lois, Transition écologique

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