« Les violences policières avérées et démesurées qui ont eu cours ces dernières semaines en Turquie ne sont pas tolérables »

A l’occasion de la troisième partie de la session 2013 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, je suis intervenu ce matin lors du débat d’urgence consacré aux « Manifestations et menaces pour la liberté de réunion, la liberté des médias et la liberté d’expression ». Je me suis notamment exprimé sur les événements qui se sont déroulés en Turquie ces derniers jours.


Intervention de Philippe Bies à l’Assemblée… par philstrasbourg

Monsieur le Président, Chers Collègues,

Cet hémicycle a une histoire et des responsabilités.

Depuis 1949, à chaque fois qu’en Europe des voix s’expriment pour revendiquer des droits les plus fondamentaux, des libertés que l’on opprime, c’est vers cet hémicycle, ici à Strasbourg, que l’on se tourne dans l’espoir d’être entendu.

Depuis quelques mois, nous avons pu constater que des Etats membres de notre organisation n’ont eu ni la capacité, ni la volonté politique de respecter les libertés fondamentales que nous considérons tous, ici, comme non négociables.
Ce que j’exprime ici n’est pas la leçon d’un représentant d’un Etat qui se voudrait plus vertueux. Car même si mon pays, la France, se prévaut souvent de l’appellation « pays des droits de l’Homme », la jurisprudence de la Cour suffit à rappeler qu’en matière de droits fondamentaux, d’Etat de droit et de Démocratie, aucun Etat ne peut se targuer d’être infaillible.

Et c’est d’ailleurs pour cela même que le Conseil de l’Europe est si important. Et c’est pour cette raison que nous avons le devoir de dire, aujourd’hui, que ce qui se passe dans certains pays membres de notre Organisation est grave et nous préoccupe au plus haut point.

Je voudrais plus particulièrement ici parler de la Turquie.

La Turquie est un membre historique du Conseil de l’Europe. Les engagements qu’il a pris ont permis un essor des libertés. Un certain nombre de programmes joints, soutenus par l’Union européenne et mis en œuvre par le Conseil de l’Europe, ont été même mis en œuvre pour aider les autorités judiciaires et policières à appliquer les normes de notre Organisation. Plus que jamais, ils doivent être renforcés !

Les violences policières avérées et démesurées qui ont eu cours ces dernières semaines à Istanbul, Ankara, Izmir et ailleurs dans beaucoup d’autres villes ne sont évidemment pas tolérables. Elles sont indignes du grand membre du Conseil de l’Europe qu’est la Turquie et ne sont pas compatibles avec ces aspirations à devenir membre de l’Union européenne.

Mais, si nous voulons être à la hauteur de notre mission, nous ne pouvons nous arrêter à ce constat et avons le devoir de nous interroger sur la responsabilité politique. Il faut enquêter sur les abus commis et les punir. L’impunité n’a pas sa place dans un Etat de droit. Mais il ne faut pas non plus oublier que des ordres ont été donnés et qu’ il faudra rendre des comptes.

Ce qui n’est pas supportable dans ce que nous voyons de la Turquie ces dernières semaines et mois :
– c’est le tableau d’un gouvernement qui considère ses opposants comme des terroristes,
– c’est le dessein d’un régime qui emprisonne les journalistes comme aucun Etat dans le monde
– enfin, c’est un pouvoir qui a substitué la peur et la régression à la justice et au développement qu’il avait pour programme.

Nous ne devons pas cependant tomber dans le piège d’une vision manichéenne et d’un débat partisan. Les mouvements de ces derniers jours dépassent en effet les clivages traditionnels.

Dans un moment où les menaces contre la liberté de réunion, la liberté des médias et la liberté d’expression se manifestent en Europe et ailleurs, le Conseil de l’Europe et notre Assemblée ont le devoir historique,  la responsabilité politique de ne pas détourner le regard.

jeudi 27 juin 2013 posté par philippe Bies dans Actualités, Conseil de l’Europe, Europe, Interventions

2 Réponses à “« Les violences policières avérées et démesurées qui ont eu cours ces dernières semaines en Turquie ne sont pas tolérables »”

  1. BASARAN ALI dit :

    M.Bies,
    Je suis citoyen de Strasbourg depuis 33 ans et fier d’être où il y a des démocrates et des progressistes comme vous qui prennent des positions en harmonie avec les droits fondamentaux d’être humain et qu’affirment d’une manière claire. J’ai également suivie le débat du Conseil de Strasbourg, vous avez exprimez ceux qui pensent les démocrates et laïques originaire de Turquie comme moi. Je vous remercie pour votre franchisse et prise de positions avec le peuple de la Turquie qui résiste à tout tentative d’un pouvoir autoritaire-réactionnaire.
    Bien cordialement

  2. Turc dit :

    Je suis vraiment déçu d’avoir voté pour vous.
    Je suis originaire de Turquie, et lors de votre campagnes, vous avez bien soigné les Turcs. ERREUR.
    Plus jamais je fairais cette erreur ! Monsieur MAURER ne nous aurais pas bléssé comme cela.
    Vivement les éléctions prochains. Pensez vous que la police en France aurait agi d’une autre façon ? PIRE. Nous avons vu ce qui s’est passé dans les exemples du passé.
    Un proverbe turc dit: Avant de parler de la saleté du jardin de ton voisin, nettoie d’abord devant chez toi.

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