CONSEIL UNIQUE D’ALSACE : LA CONFUSION AU LIEU DE LA CLARTE

Je tiens à vous faire partager dans son integralité la tribune de Jacques BIGOT, Président de la Communauté Urbaine de Strasbourg, au sujet du Conseil Unique d’Alsace, dont des extraits ont été publiés ce jour dans les DNA.

Je partage entièrement ce point de vue et aurai l’occasion de m’exprimer à ce sujet dans les jours à venir après avoir pris le temps de tirer les enseignements du Congrès d’Alsace qui se réunit demain.

Autrefois protégée, l’Alsace est confrontée depuis 10 ans à un chômage croissant dont le taux a rejoint celui que l’on connaît au niveau national. Nombre d’entreprises, particulièrement dans le domaine industriel, connaissent des difficultés fortes et l’on peut à juste titre parler d’une désindustrialisation de l’Alsace alors même qu’elle observe le dynamisme des Régions voisines  allemandes et suisses.

Dans un tel contexte, les responsables politiques et économiques doivent mieux se coordonner et être plus solidaires pour faire face aux défis qui pèsent sur nos politiques de l’emploi, du développement économique ou encore de la formation professionnelle.

C’est au regard de ces priorités que doivent être mobilisés les efforts des responsables régionaux, afin d’enrayer ce déclin. Tout débat institutionnel, comme celui que nous connaissons sur le Conseil unique, doit être examiné au regard de l’efficacité qu’il apportera pour les Alsaciens.

Cette cohérence territoriale et cette efficacité dans l’action publique seront-elles assurées par la seule fusion de deux départements et de la région ? Il y a de quoi en douter car il faudra convaincre que cette fusion rendra l’organisation politique et les services publics plus efficaces et moins couteux. A ce jour non seulement cette démonstration ne semble pas être faite, mais ce qui devait aboutir à une simplification du mille-feuille institutionnel devient chaque jour plus complexe et plus opaque.

L’Assemblée unique qui était promise n’est en effet plus qu’un lointain souvenir. En lieu et place, il est proposé la création de deux assemblées, auxquelles se rajouteront deux conférences départementales et de nombreux conseils de territoires. Faut-il craindre que ces derniers aient pour but la main mise d’un pouvoir régional centralisé sur les communes et leurs intercommunalité ? Ils seront pour le moins un nouveau doublon de structures dans un paysage institutionnel qui n’en manque pas.

La proximité est indispensable. Mais si les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin disparaissent, elle doit plus être portée par nos intercommunalités que par un Conseil d’Alsace éloigné.

Pour ma part, j’ai la certitude que la cohérence des politiques alsaciennes ne sera pas assurée sans un projet de développement coproduit avec les divers territoires de notre région et en étroite collaboration avec les agglomérations de Strasbourg, Mulhouse et Colmar. Elle ne le sera pas non plus en privant l’Alsace de sa capitale régionale. Le transfert de l’exécutif à Colmar, comme il est proposé, est, plus qu’une mauvaise manière politique, une erreur stratégique majeure qui affaiblira l’Alsace toute entière.

Le développement de notre région doit s’appuyer sur ses trois grandes agglomérations, sans les opposer les unes aux autres, mais en s’appuyant sur le rôle de centralité territoriale et en mesurant leur rayonnement européen et international. Reconnaître le fait urbain, ce n’est pas tourner le dos aux territoires ruraux, c’est voir notre région telle qu’elle est.

Si le Président de la Région veut réussir son opération de fusion, à laquelle j’ai toujours dit que je n‘étais pas opposé, dès lors qu’il y avait de la clarté sur les objectifs et les moyens,  il convient de poursuivre le travail et d’interroger ensuite les Alsaciens, sans manœuvre de dernière minute. Quel sens aurait un référendum sans une participation minimale pour s’assurer réellement du choix des habitants ? L’Acte III de la décentralisation sera discuté et débattu au cours du 1er semestre 2013. Il apportera des perspectives nouvelles, le droit à l’expérimentation, la reconnaissance du rôle croissant  des intercommunalités.

Ces débats peuvent être une chance pour le Conseil unique qui a tout intérêt à s’inscrire dans le cadre de cette nouvelle étape de la décentralisation. Quel intérêt y a-t-il dès lors à précipiter dès le mois d’avril un référendum à haut risque ?

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vendredi 23 novembre 2012 posté par philippe Bies dans Actualités, En circonscription, Presse

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