Inauguration de la Grande Mosquée de Strasbourg

Inauguration de la Grande Mosquée de Strasbourg

Allocution de Manuel VALLS, ministre de l’Intérieur

Monsieur le ministre, cher Ahmed TAOUFIQ,
Madame la ministre, chère Catherine TRAUTMANN,
Monsieur le sénateur-maire, cher Roland RIES,
Mesdames, messieurs les parlementaires,
Mesdames, messieurs les élus,
Monsieur le président du Conseil français du culte musulman, cher Mohammed MOUSSAOUI,
Monsieur le grand rabbin de Strasbourg,
Monsieur le recteur de la Grande mosquée de Strasbourg,
Mesdames, messieurs,

Le moment que nous vivons, ensemble, ici, aujourd’hui, marque une concrétisation. C’est un moment d’intense joie que j’ai plaisir à partager avec vous. Depuis de longues années, ce projet de Grande mosquée était dans les têtes et dans les cœurs. C’est, dorénavant, une réalité. Les musulmans de Strasbourg ont un nouveau lieu de culte dont ils peuvent être particulièrement fiers.

Les mosquées, comme les églises, les temples, les synagogues font partie de notre paysage national. Cette variété des lieux de culte dit ce que nous sommes : un peuple riche de sa diversité qui a su, au fil des époques, accueillir, rapprocher, unifier. La France n’est pas isolée ; elle s’inscrit dans le vaste mouvement du monde.

Le 6 juillet dernier, j’inaugurais la Grande mosquée de Cergy, dans le Val-d’Oise. Et je me réjouissais de voir une mosquée parfaitement insérée dans le paysage urbain et la vie de la cité. La Grande mosquée de Strasbourg suit cette même logique. Elle est au cœur de notre espace public.

Strasbourg compte déjà des mosquées. A l’image des autres lieux de culte, chacune remplit un rôle de proximité. Et un rôle également – il ne faut pas l’ignorer – de rassemblement pour des communautés qui se retrouvent autour de pratiques et d’une culture.

En permettant, puis en accompagnant ce projet de Grande mosquée, la Ville de Strasbourg a fait plus qu’offrir un lieu de culte supplémentaire aux fidèles. Cette Grande mosquée, implantée à moins de deux kilomètres de la Cathédrale Notre Dame, a la force du symbole. Elle donne à l’Islam son envergure, son éclat, sa grandeur. Elle donne à l’Islam toute sa place. Oui, l’Islam a toute sa place en France, car l’Islam de France, c’est aussi la France !
* *
Par sa position géographique au cœur de l’Europe, l’Alsace est une région de tolérance religieuse et linguistique. Plus que toute autre région, elle connaît les désastres auxquels mènent la division, le repli identitaire, le rejet de l’autre. Vous, élus et citoyens d’Alsace et de la République, vous savez que tout ne peut pas se décider depuis la capitale. Vous savez que c’est dans l’aboutissement de projets concrets, ancrés dans le territoire, conçus par et pour ses habitants, que s’enracinent la paix et la démocratie.

Ce projet de Grande mosquée a connu bien des vicissitudes. Et il aura fallu surmonter les épreuves pour arriver au résultat que nous contemplons aujourd’hui : depuis le mois d’août et le ramadan, cette Grande mosquée a finalement ouvert ses portes et permet aux fidèles de se rassembler.

Ces épreuves furent celles inhérentes à tout projet ambitieux : le besoin de rassembler, de fédérer, d’orienter les énergies vers un but commun.

Ces épreuves furent financières. La mobilisation des donateurs et des collectivités locales, la Ville de Strasbourg, le Conseil général du Bas-Rhin et le Conseil régional d’Alsace ont permis de les dépasser. Je les en remercie.

Je veux l’affirmer à nouveau : les musulmans de France ont droit à des lieux de culte dignes. Il convient donc de trouver les modes permettant de financer leur construction. Des outils existent. Cependant, on n’a pas su en tirer le meilleur profit. La Fondation pour les œuvres de l’Islam de France était une initiative pertinente ; elle n’a pourtant jamais porté ses fruits. Il faut donc avancer sur ce sujet essentiel pour les musulmans de France. Je prendrai bientôt des initiatives en ce sens.
Les épreuves rencontrées pour bâtir cette Grande mosquée furent également techniques. Les savoir-faire déployés par les différents corps de métier ont permis cette réalisation remarquable, qui s’inscrit dans le patrimoine architectural strasbourgeois. Je tiens, à ce titre, à saluer le travail accompli par l’architecte Paolo PORTOGHESI – un grand bâtisseur de mosquées et d’églises –, qui a su signifier, par le choix et le mélange des matières, l’ancrage local de cet édifice. L’architecture et la conception de nos lieux de culte doivent s’inscrire dans nos traditions, notre histoire et nos paysages urbains.

Les épreuves furent, enfin, celles liées à l’intolérance. Je veux le rappeler : ce projet s’est imposé contre les agitateurs, contre les discours de rejet, contre ceux qui, en détournant l’idée de laïcité, trahissent ce qu’est notre République.

La laïcité n’est pas la négation de la religion. Au contraire, elle est acceptation et ouverture. Elle est protection et tolérance.
Il n’y a qu’en France qu’un ministre de l’Intérieur peut, en l’espace d’une semaine, se rendre à la Cathédrale de Troyes pour une béatification, être à la Grande synagogue de la Victoire, auprès des communautés juives, pour la nouvelle année, et être présent, ici, à Strasbourg, pour inaugurer sa Grande mosquée. C’est cela la France, c’est cela que permet la laïcité. Soyez-en fiers, tous.

La laïcité affirme que la religion ne doit pas avoir d’emprise sur la société ni sur l’Etat, qui doit rester neutre. D’où la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école. La laïcité laisse à chacun une liberté : celle de croire ou de ne pas croire. Elle fixe une frontière catégorique entre ce qui relève de la sphère publique et ce qui renvoie à l’intimité spirituelle de chacun. Elle impose, enfin, à tous, de se retrouver dans un même idéal de citoyenneté qui implique le respect des lois communes.

La laïcité n’est pas un dogme, c’est un principe, une méthode, qui connaît ses adaptations. Ici, en Alsace, vous en êtes l’exemple même. Et lorsqu’un système fonctionne, qu’il est compatible avec notre République et notre démocratie, il n’y a pas de raison de le supprimer en prétextant l’exception qu’il représente. J’ai eu l’occasion de le dire à Mulhouse, à l’occasion de la très belle inauguration de la synagogue restaurée : le Président de la République, le Premier ministre et le Gouvernement sont attachés à la spécificité du régime en vigueur en Alsace-Moselle.

La laïcité est notre bien commun ; elle est notre trésor. Des paroles de rejet et de détestation ont cependant été entendues, une fois encore. Je l’ai déjà dit, je veux le dire à nouveau, ici : Marine LE PEN fait mal à la France. Marine LE PEN ne peut se targuer d’aucun brevet de laïcité. Marine LE PEN est une incendiaire qui crie « Au feu ». La laïcité apaise ; la laïcité protège et elle garantit la liberté religieuse à chacun.

Ici, en Alsace, et partout ailleurs en France, les musulmans font preuve d’un dynamisme indéniable. Ils sont riches d’origines et d’histoires différentes. Ils proviennent de partout, comme ici, à Strasbourg, du Maghreb, d’Afrique de l’Ouest ou de Turquie. Les musulmans de France entretiennent légitimement des liens avec les musulmans du monde. La France est un pays ouvert aux échanges, aux influences. Les Français musulmans le sont donc tout autant. Mais il appartient aux seuls musulmans de France de définir quel doit être le destin de l’Islam de France.

Pour être Français, ou pour vivre en France, nul besoin de renoncer à pratiquer sa foi ou de renier ses origines. C’est cela la laïcité. C’est cela la République. Une République qui est notre garant contre le repli communautaire et la montée des radicalismes.
Samedi dernier, quelque chose d’important s’est produit dans notre pays. Et si je suis venu, ici, aujourd’hui, c’est aussi pour délivrer un message aux musulmans de France.

Musulmans de France, soyez fiers de l’Islam que vous bâtissez !

Soyez fiers de cet Islam, nourri des valeurs d’humanisme, de respect de son prochain, de solidarité qui sont au cœur de son message. L’Islam a brillé à travers les siècles. Il a été un apporteur de progrès pour les Hommes. Il a été un terreau fertile pour les avancées de la connaissance et pour les conquêtes de l’esprit. Il l’a été, il doit le rester. L’Islam est fait de dignité et d’honneur. Et c’est l’honneur des musulmans de France de donner toute sa force au message que porte l’Islam.

Aussi, je veux saluer, à la suite des événements de la semaine dernière, la sagesse des responsables du culte musulman de notre pays et le discernement, la maturité dont ont fait preuve les musulmans de France. L’Islam de France, pour ceux qui en doutaient, a démontré, de la manière la plus équilibrée, la plus fine, sa capacité à répondre sereinement à la caricature et aux instrumentalisations de tous bords. Il a affirmé son attachement total aux valeurs de la République.

La communauté musulmane, souvent décriée par ceux qui veulent diviser, a démontré avec force et responsabilité sa capacité à apaiser notre société au moment où certains essayent de la déstabiliser. Le radicalisme, le fondamentalisme, ce n’est pas cela l’Islam.

Je reprendrai ici les mots prononcés par le Président de la République lors de l’inauguration du département des Arts de l’Islam au Musée du Louvre :
« L’honneur des civilisations islamiques est d’être plus anciennes, plus vivantes, et plus tolérantes que certains de ceux qui prétendent abusivement aujourd’hui parler en leur nom. Il est l’exact contraire de l’obscurantisme qui anéantit les principes et détruit les valeurs de l’islam, en portant la violence et la haine.
Et quel plus beau message, oui, quel plus beau message que celui livré ici, par les arts, au Louvre. Car dans cette profusion d’œuvres, devant tant de patience, mise au service de l’harmonie, on comprend que les meilleures armes pour lutter contre le fanatisme, qui se réclame de l’islam, se trouvent dans l’islam lui-même. »

Oui, le chef de l’Etat a délivré un message qui fera date.

Les prédicateurs de haine, les partisans de l’obscurantisme, les intégristes, ceux qui veulent s’en prendre à nos valeurs et à nos institutions, ceux qui nient les droits des femmes, ceux-là n’ont pas leur place dans la République. Ceux qui sont sur notre territoire pour défier nos lois, pour s’en prendre aux fondements de notre société n’ont pas à y rester. Leurs attaques trouveront toujours sur leur route une réponse ferme et déterminée. La République sera intransigeante avec ceux qui entendent la contester et je n’hésiterai pas à faire expulser ceux qui se réclament de l’islam et représentent une menace grave pour l’ordre public et qui, étrangers dans notre pays, ne respectent pas nos lois et nos valeurs. Je n’accepterai pas les comportements des salafistes et autres groupes qui défient la République.

La République doit aider, protéger, prodiguer des moyens mais elle n’a pas à négocier ses valeurs. Il n’est qu’une seule communauté qui vaille, qui s’impose, la communauté nationale. La liberté d’expression est un bien trop précieux pour qu’il soit mis en cause. La tolérance est la récompense de la fermeté.

C’est dans les moments de crise que se révèlent les caractères. Notre pays vient de traverser une période de tension, et samedi dernier, l’Islam de France a brillé par la force de sa sérénité.

Les musulmans de France peuvent se féliciter du modèle singulier qu’ils sont en train de bâtir. Bien sûr, il reste fragile, tout n’est pas réglé, tout n’est pas dépassé. Et si toute religion porte sa part d’intégrisme, c’est aujourd’hui dans l’islam que cette part suscite la crainte. C’est sur le sol français et avec un passeport français que Mohamed Merah, au nom de l’islam, a tué. L’antisémitisme est un terrible fléau et sa résurgence, ne peut pas être dissimulée. C’est un défi que l’Islam de France, lui aussi victime d’actes racistes – je l’ai rappelé en me rendant à la mosquée de Montauban qui avait été souillée – doit avec nous, relever aujourd’hui, ici et maintenant.

Il est temps que l’Islam de France prenne ses responsabilités et s’organise pour traiter avec l’Etat les vrais problèmes : financement des lieux de cultes, formation des imams et des aumôniers, alors que l’islam radical prospère dans nos prisons. Mon horizon est clair : je veux des aumôniers français, des imams français, des financements français. La République tend la main. C’est à l’Islam d’aller avec confiance vers la République. Il y a une génération issue de l’immigration qui a bâti l’Islam de France. Je la salue avec respect. Mais c’est à ses filles et à ses fils que je m’adresse aujourd’hui : c’est avec les jeunes musulmans français que la République doit construire l’Islam de France et, en retour, c’est avec eux que la République doit accomplir sa promesse.

Cher M. Moussaoui [cher M. le président du Conseil français du culte musulman], en terminant il y a quelques instants votre discours par une prière pour la France, vous avez envoyé un signal fort et dont je vous remercie. C’est le signal de l’émergence d’une parole propre à l’Islam de France et qui doit être entendue.

Je veux le dire solennellement : vendredi et samedi derniers, l’Islam de France a envoyé un message déterminant à l’ensemble du monde, à l’ensemble des opinions publiques du monde arabo-musulman, face à un printemps arabe qui est loin d’avoir accompli toutes ses promesses.

J’ai confiance en l’Islam de France. J’ai confiance dans nos concitoyens de confession musulmane. Parce que j’ai confiance dans la France.

Et je fais le rêve que, demain, l’Islam de France, à l’image de celui de Cordoue, celui du dialogue entre les religions au nom de la réconciliation entre Dieu et la raison, devienne un exemple pour l’Islam du monde, pour le monde. Cette Grande mosquée de Strasbourg que nous avons inauguré aujourd’hui est une pierre de plus apportée au bel édifice de l’islam de France.

0
lundi 1 octobre 2012 posté par philippe Bies dans Actualités, Meinau

Laisser une réponse