Quartiers populaires, quartiers à part entière !

En mars dernier, lors de son passage à Strasbourg dans le quartier de la Meinau, François Hollande avait annoncé les mesures qu’il mettrait en œuvre pour les quartiers populaires et leurs habitants s’il était élu.
Les incidents qui se sont produits cet été à Amiens, Toulouse et Nanterre ont replacé les quartiers populaires au cœur du débat politique.
Le gouvernement va engager une nouvelle politique dans ce domaine. J’ai publié à ce sujet une tribune dans les DNA de ce jour.

Nous devons répondre aux urgences sociales dans ces quartiers tout en engageant des politiques qui permettent de redonner durablement, à leurs habitants, leur place dans la ville et dans la société.
Au regard de mon expérience locale à Strasbourg, il conviendrait à mon sens de refonder la politique en faveur des quartiers populaires autour de trois grands principes :

Redonner du sens à sa dimension humaine, avec au cœur l’égalité réelle des droits plutôt que l’égalité des chances, par l’accompagnement des personnes dans leur parcours de vie.
Le projet de loi sur les emplois d’avenir, qui sera examiné dès la semaine prochaine à l’Assemblée Nationale, va dans ce sens. Ces emplois profiteront, à Strasbourg, aux jeunes des quartiers populaires dont près de 30 à 40 % sont au chômage et sans qualification.
De même, la priorité faite à l’école primaire dans ces quartiers doit permettre à terme à chaque enfant de bénéficier d’un enseignement de qualité, adapté à ses besoins. La Ville de Strasbourg met des moyens importants dans la rénovation des écoles, notamment dans les quartiers en rénovation urbaine, l’Etat devra y renforcer les moyens pédagogiques.
La sécurité pour tous doit être assurée par un travail collectif entre les élus, la police municipale et nationale, les travailleurs sociaux et les habitants pour permettre une action aussi bien préventive que ferme vis-à-vis des fauteurs de troubles. C’est tout le sens du dispositif de sécurité prioritaire mis en place au Neuhof.
Dans le domaine économique, la Banque publique d’investissement devra aussi permettre de développer une stratégie spécifique dédiée à la création d’entreprises dans les quartiers populaires, en lien par exemple avec la pépinière d’entreprises créée à Hautepierre.

Ce ne sont là que quelques exemples pour illustrer le rééquilibrage de projets très urbains vers « plus d’humain ». La santé, la culture ou la lutte contre les discriminations sont tout aussi importants. Il faut aussi poursuivre et amplifier la rénovation urbaine des quartiers. Il conviendrait d’ailleurs, pour permettre de réconcilier la dimension urbaine et humaine des projets, de regrouper l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU) et l’Agence Nationale pour la Cohésion Sociale. On disposerait alors d’un outil fort d’intégration des quartiers populaires dans la ville.

Sortir du zonage et de la géographie prioritaire pour aller au bout de cette logique d’intégration. Je parle, pour ma part, volontairement de « quartier populaires » plutôt que de « zones urbaines sensibles » ou « quartiers fragiles ». Non pas parce que je méconnaîtrais la situation réelle de ces quartiers mais parce que le problème n’est pas lié au territoire mais à la concentration des difficultés en un lieu. Nous devons avoir des politiques qui soutiennent autrement, mieux et davantage les habitants. Nous devons agir sur leur mobilité spatiale, résidentielle et sociale : spatiale en leur permettant d’avoir accès facilement à toute la ville notamment par les transports en commun; résidentielle ensuite, en donnant à chacun la possibilité de choisir son lieu de résidence, dans le quartier ou ailleurs dans la ville ; sociale enfin, en donnant à chacun les possibilités de s’émanciper par l’éducation, l’insertion, la formation et enfin, l’accès à l’emploi.

Faire des agglomérations les chefs de file de la politique de la ville pour rendre plus efficaces les actions menées en donnant aux collectivités les moyens d’agir en proximité. Aujourd’hui, l’Etat se contente d’associer les agglomérations à son action sur la base de ses propres priorités, définies à partir de données statistiques. A l’évidence, cette méthode est dépassée. A la veille de l’élaboration d’un troisième acte de la décentralisation, il serait judicieux de passer à un autre mode de gouvernance de la politique de la ville. Une mesure forte serait de déléguer aux agglomérations la définition des projets et la gestion des crédits. Cela a été fait pour la politique du logement avec les résultats qu’on connaît, notamment à Strasbourg où une nouvelle dynamique est engagée malgré la crise. C’est aussi une des raisons du succès de la rénovation urbaine des quartiers.

Il faut maintenant aller plus loin et autrement. Les habitants des quartiers populaires sont des citoyens à part entière. Ces quartiers seront l’avenir de nos villes si nous renouons avec l’idée d’égalité urbaine. Nous devons faire en sorte que cette fois-ci, elle devienne réalité !

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samedi 8 septembre 2012 posté par philippe Bies dans Actualités, Habitat + Logement

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