La lettre ouverte de Jacques BIGOT à Nicolas SARKOZY

Monsieur le Président de la République

 

En ce début du mois de décembre où l’Alsace se pare de ses plus belles couleurs pour préparer l’avènement de Noël, vous nous faites l’honneur d’une courte visite dans notre région. Je veux vous y souhaiter la bienvenue. Terre de grandes traditions, de culture, d’industrie, de science, d’agriculture et de tourisme, l’Alsace cultive le respect des institutions, le goût du dialogue et aime accueillir ses visiteurs prestigieux avec tous les égards dus à leur rang.

 

Les Alsaciens sont réputés pour leur sérieux, l’amour du travail bien fait, l’application qu’ils mettent en toute chose, leurs capacités d’organisation. Ils n’ont le goût, ni du superficiel, ni des paroles vaines. S’ils aiment cependant les belles histoires et marquent un goût prononcé pour le cabaret, ils ne croient guère au Père Noël, et savent que le sérieux en toutes entreprises est la garantie nécessaire pour qu’elles soient menées à bien.

L’Alsace et ses habitants possèdent aussi cette particularité, fruit d’une histoire riche et tourmentée, d’avoir beaucoup de mémoire. A ce titre, ils n’ont oublié,  ni vos discours d’une campagne où «  travailler plus pour gagner plus » était votre credo, ni les promesses et engagements que vous aviez annoncés en nombre, et à grand renfort de communication les 6 et 7 septembre 2007.

                      

Durant ces deux journées où vous vous étiez installé dans notre région, avec l’ensemble de votre Gouvernement pour la tenue d’un conseil des ministres décentralisé, de grandes paroles furent prononcées sur votre volonté d’agir pour l’emploi. « Quand on veut, on peut », aviez vous martelé devant les ouvriers de l’usine Liebherr à Colmar, ajoutant « qu’un pays qui laisse partir ses usines et qui laisse disparaître les ouvriers est un pays qui se renie » et que « l’industrie fait partie de nos racines ». Vous exprimiez devant eux la même énergie pour assurer qu’en matière de pouvoir d’achat « si la croissance n’est pas au rendez-vous, je n’attendrai pas les bras croisés, je prendrai d’autres décisions ».

 

Vous devez savoir, Monsieur le Président, que deux ans plus tard, l’usine Liebbehr souffre. Elle a renvoyé progressivement jusqu’au dernier de ses 220 intérimaires. L’appel massif au chômage partiel et aux départs volontaires à la retraite n’a pas empêché la disparition de 175 postes de travail.

Cette usine n’est pas un cas isolé, tant c’est tout le tissu économique alsacien, et son industrie au premier plan, qui peine et est en difficulté. Aujourd’hui, le taux de chômage dans notre région est à son plus haut niveau depuis 25 ans ! Les Alsaciens n’en sont plus à vouloir travailler plus, mais simplement à espérer conserver leur emploi où à en retrouver un.

 

Monsieur le Président, la situation est grave. Et elle ne peut plus se payer de mots. En une année, le taux de chômage a augmenté de 31,1 en Alsace, soit à un rythme nettement plus élevé  que dans le reste de la France. Si les grandes villes concentrent le plus grand nombre de demandeurs d’emploi, des secteurs, jusque là épargnés, subissent à leur tour ce drame auquel peu de familles échappent. Les zones d’emploi de Wissenbourg, de Haguenau-Niederbronn ou encore de Molsheim-Schirmeck ont respectivement vu leur taux de chômage bondir de 36,4%, 35,2% et 31,7% en un an.

 

« C’est beau une usine », déclariez vous à Colmar, promettant de remettre la France au travail. Malheureusement les usines ferment, Monsieur le Président, particulièrement dans notre région où l’industrie représente 23% des emplois. Le nombre de salariés dans ce secteur a reculé de 5,4% et, toutes branches confondues, l’Alsace enregistre une perte nette de 23 500 emplois. Les secteurs de l’automobile, de la construction furent les premiers et les plus durement touchés, mais cette tendance lourde s’est élargie depuis à tous les domaines d’activité, du commerce aux services marchands.

 

Je pourrais encore vous rappeler d’autres engagements pris par l’Etat en faveur de l’Alsace,  lors de ce Conseil des ministres de septembre 2007, dont nous attendons toujours un début de réalisation : l’instauration d’une taxe spécifique pour les poids lourds empruntant les autoroutes alsaciennes promise pour 2008, le soutien vigoureux annoncé aux pôles de compétitivité – celui consacré au véhicule du futur demeure sans financements et perspectives réels-, le lustre particulier qui devait être donné à Strasbourg lors de la Présidence française de l’Union européenne – aucune réunion des conseils des ministres ne s’y est tenue durant ces 6 mois-…

 

Je préfère rester sur la principale préoccupation des Alsaciens : celle d’une situation économique et d’un marché du travail qui se dégradent, fruits d’une crise, certes mondiale, mais aussi d’une politique et d’une philosophie qui sont les vôtres. C’est cette question,  centrale, et sur laquelle vous ne vous exprimez plus guère, qui doit faire l’objet de tous les débats et être au centre de l’action publique dans les prochains mois, sans chercher à détourner l’attention avec de faux sujets, ou à remettre sur le devant de la scène de vieilles recettes trop souvent utilisées en période électorale. De l’Etat, nous demandons qu’il entende les appels que nous lui adressons, concernant,  par exemple, la situation très inquiétante de General Motors. Nos demandes d’intervention et de médiation de l’Etat restent en effet sans réponse.

 

Face à cet échec, sachez, Monsieur le Président, que nous ne baissons pas les bras. Chaque jour, nos collectivités, confrontées directement aux conséquences sociales de cette situation, aux côtés de tous les acteurs sociaux et économiques, agissent, inventent, investissent pour soutenir et développer l’activité comme l’innovation. Sans elles, qui assurent 73% de la commande publique, la situation de nos entreprises et de l’emploi serait encore plus difficile.

 

De toutes ces questions concernant notre industrie et le monde du travail, j’aurais voulu, comme les ouvriers des usines Liebherr, GM et de tant d’autres, vous entretenir, Monsieur le Président. Malheureusement, nous n’en aurons pas l’occasion puisqu’il semble que votre venue en Alsace n’a pas pour objet, comme il y a 2 ans,  l’emploi mais celui, plus comptable, d’un emprunt qui va augmenter le poids de la dette et d’autres préoccupations, plus prosaïques, intéressant uniquement l’UMP locale.

 

Je vous prie, Monsieur le Président de la République, d’agréer l’expression de ma plus haute considération.

lundi 7 décembre 2009 posté par philippe Bies dans Actualités

3 Réponses à “La lettre ouverte de Jacques BIGOT à Nicolas SARKOZY”

  1. Oxo dit :

    Travailler moins et gagner rien c’est le nouveau slogan du Président.

  2. La voix de la jungle dit :

    Belle lettre mais revenons au problème des vacataires du service Education de la CUS qui n’ont pas été augmentés depuis le 1er janvier 2006. Tout comme vos prédécesseurs vous avez pérennisé la vacation en précarité permanente. Vous ne faites rien et en plus vous nous censurez sur ce blog. Avez-vous la conscience tranquille? La voix de la jungle

  3. bridda dit :

    Monsieur ,votre lettre m’a attiré dans le sens que pour les villes que vous avez cité est fort juste,à savoir que tous les établissements autour de Schirmeck sont fermés à savoir le Col du Hantz Salm Altenberg pour la fin de l’année et Bénaville qui fait ses dix ans d’inexploitations et qui tombe en ruine.Faut-il que les malades se prennent en charges et de quelles manières?Veuillez en informer à Madame la ministre de la santé Roselyne Bachelot qu’elle des mesures concretes et une remise de nos établissements.Nous ne pouvons pas nous soigner dans les institutions psychiatriques où l’on donne tant de médicaments qu’on en ressortent « dépendants  » les obéses vont exploser et se trouver avec d’autres pathologies plus graves.Vous faisant confiance dans la démarche veuillez recevoir Monsieur mes respects distingués Mme bridda

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